Engagement global

L’humanité a su palier durant sa courte existence à quelques fragilités physiques par sa capacité à inventer et maîtriser l’outil, à externaliser sa pensée via des artefacts toujours plus subtils qui ont permis le développement spectaculaire et rapide des sociétés humaines et la survie de l’homme à lui-même. Toujours, le politique - ce qu’on a trouvé de mieux pour régir lesdites sociétés - a dû ou voulu intervenir par un rattrapage parfois habile souvent maladroit et inefficace pour comprendre et adapter la loi bien après une innovation donnée et son adoption par des usagers. Animés par une peur darwinienne salvatrice ou par des réactions raisonnées, fussent-elles raisonnables, les décisions politiques sont combinaisons d’actions, de passivité de réactions et leurs effets différentiels se trouvent bien documentés dans notre histoire commune et sont une information précieuse sur ce que nous pouvons faire mieux qu’hier ou modestement répliquer quand cela serait souhaitable.

 

Des cycles de rise & fall de différentes cultures et civilisations ont pu ainsi être observés, dans une dynamique extrêmement rapide, à différents points de la planète. Un jour berceau de la civilisation, la Mésopotamie d’aujourd’hui est devenu le tombeau de l’humanité. Un jour terre inexplorée, l’Amérique du Nord est devenue la 1ère puissance du monde mais le sera-t-elle encore demain ? Un jour inexistant, l’espace virtuel des géants sans terre, des multinationales sans territoire viendra-t-il supplanter notre référentiel inter-national basé sur des territoires et le modèle de l’Etat-Nation ?

 

Alors que le monde matériel autour de nous à chaque instant est d’une étrange stabilité, ce sont des millions de réactions, des chocs, des unions et désunions détruisant des liaisons entre atomes qui rythment le monde physique de l’infiniment petit pour l’œil humain. L’homme a créé assez de raffinement pour observer quasiment à temps réel ce type d’activité « invisible » qui sous-tend notre monde perçu bien différemment dans notre expérience consciente.

 

Pourtant, si la science fondamentale a su créer ces conditions, il en est tout autre des sciences dites humaines (doivent-elles encore être distinctes, doit-on toujours opposer le monde du littéraire et du scientifique ?). Encore aujourd’hui, aujourd’hui plus que jamais, le monde peine à résoudre les conflits qui animent la planète, et quand bien même la connaissance existe et est disponible au plus grand nombre et de manière ubiquitaire, il nous est difficile de prévoir et de nous adapter en conséquence au monde de demain tel qu’il sera construit par l’innovation d’aujourd’hui.

 

Fort de ce double constat, celui positif de l’existence de données tangibles sur l’innovation et la création en gestation ou en développement, et celui plus mitigé de l’impuissance du politique à anticiper les changements géostratégiques à venir majeurs à venir, le think-tank Variations se donne pour objectif de comprendre et d’analyser l’innovation humaine et ses conséquences volontaires (intelligence artificielle, économie de la mobilité verte…) et involontaires (conséquences du réchauffement sur les voies maritimes, réduction de la biodiversité par l’activité industrielle…) pour en comprendre les effets sur la gouvernance globale. J’ai choisi de nommer cette initiative inspirée par le variations Goldberg de Johann Sebastian Bach. Cette œuvre longue est un défi pour l’interprète, un travail d’ascèse et de longue haleine, car il n’y a que par le travail que l’expression publique peut un jour mériter de trouver audience.

 

"C’est notre volonté : celle d’un travail de fond anticipant toute communication hâtive. Par ailleurs, cette composition est formée d’un aria, un thème comprenant en soit 32 mesures qui seront déclinées elles mêmes sous forme de 32 pièces, avec un canon toutes les 3 variations. Ainsi, les variations Goldberg comme le monde des hommes est fait de variations et de règles immuables à la fois, de cette marge de liberté qu’on appelle libre arbitre et qui n’empêche pas le constat de l’univers déterminé dans lequel nous vivons. Enfin, avec cet aria, ces 30 variations et la ré exposition de l’aria, les variations Goldberg sont un cycle, comme modestement nous devons dresser le constat que les avènements de dirigeants, de cultures et de modes le sont."

 

Joachim Son-Forget

co-président de Global Variations

 

Comment influer sur l’innovation par les outils du multilatéralisme ou la coopération public-privé pour en rediriger les effets bénéfiques au profit de tous ? Comment empêcher et rattraper par une innovation dirigée à bon escient les effets involontaires d’activité humaine mal pensée et délétère à l’humanité entière ? A l’heure où le monde est plus connecté que jamais, où désastres planétaires artificiels ou naturels coexistent, où la sécurité et le confort des uns n’est qu’un miroir étroit masquant le désespoir de tant d’autres, la connaissance n’a jamais été si aboutie et si prometteuse par ailleurs. Pour que demain nous ne soyons pas simplement les victimes de cycles faits de hauts et de bas et revenant à l’infini, Variations propose de comprendre l’innovation pour en comprendre les conséquences et en faire réellement la chance pour l’humanité d’être plus unie et prospère que jamais en adéquation avec l’environnement avec lequel elle co-organise sa survie.

 

Cette réflexion a pour but de tisser des ponts et de valoriser l’expérience du politique, celle de l’investisseur, de l’entrepreneur, et du créateur. Combien de scientifiques n’ont pas la vision de porter leur idée et leur recherche au plus haut niveau de développement comme les inventeurs d’antan, quand la cible est devenue celle de publier dans des revues classées par les pairs, afin de calibrer la réussite académique et les échelons à gravir ? Combien de politiciens voient leurs idées évoluer rapidement affectés par les émois des réseaux sociaux ou de visions électoralistes à court terme et dans un espace géographique contraint, celui d’un pays ou d’une circonscription ? Combien de financiers et d’investisseurs n’ont pas encore vu venir le monde de demain qui verra s’écrouler la gestion discrétionnaire et où savoir investir juste demande les connaissances géopolitiques les plus fines et les plus visionnaires ? Combien de créateurs de génie n’ont pas les moyens de transformer leurs idées en initiative concrète ? Trop, dans tous ces cas de figures.

 

L’expérience transversale développée par les membres de variations a pour objectif d’influer en profondeur sur la connaissance et maîtrise de ces sujets pour les Etats et les entreprises ainsi que pour tout un chacun, car être victime de l’actualité sans en comprendre les tenants et aboutissants et les issues possibles à toute situation est profondément dé-sécurisant.